En résumé
• 500 passagers bloqués sur le tarmac de Munich par le couvre-feu, sans assistance adéquate.• Lufthansa critiquée pour ne pas avoir respecté les obligations d'assistance selon le règlement EU261.
• Conseils aux voyageurs : privilégier les vols matinaux et se préparer aux aléas hivernaux.
Mercredi 19 février, environ 500 passagers répartis sur cinq avions Lufthansa et Air Dolomiti ont passé la nuit entière coincés dans leurs appareils sur le tarmac de l’aéroport de Munich. Sans nourriture suffisante, sans couverture, sans possibilité de regagner le terminal. Le couvre-feu nocturne de l’aéroport et le départ du personnel au sol ont transformé une soirée de retards en un fiasco opérationnel qui indigne les voyageurs — et attire désormais l’attention des autorités allemandes.
Ce qui s’est passé sur le tarmac de Munich
Le vol LH2446, reliant Munich à Copenhague, devait décoller à 21h30 avec 123 passagers à bord d’un Airbus A320neo. Les fortes chutes de neige de la soirée ont provoqué des retards en cascade sur le dégivrage des appareils. Le départ a été repoussé à plusieurs reprises, puis annulé aux alentours de minuit lorsque le couvre-feu strict de l’aéroport est entré en vigueur.
À ce stade, les passagers avaient déjà été transportés en bus vers un poste de stationnement éloigné. Vers 2h du matin, l’équipage leur a annoncé la nouvelle : l’aéroport était fermé et les chauffeurs de bus étaient rentrés chez eux. Le passager danois Søren Thieme a raconté au journal Ekstra Bladet : « Nous entendons du personnel qu’ils ne joignent plus personne dans l’aéroport. L’aéroport est tout simplement fermé. Puis on nous dit que tous les chauffeurs de bus sont partis et que nous n’avons pas le droit de quitter l’avion. »
Au total, cinq appareils ont été touchés : le LH2446 (Copenhague), le LH1646 (Gdansk), le LH768 (Singapour, un A350-900), ainsi que deux vols Air Dolomiti, EN8016 (Graz) et EN8206 (Venise). Les passagers bloqués ont enduré 6 à 7 heures dans des sièges court-courrier au pitch de 29 à 30 pouces, sans oreillers ni couvertures. Les premiers bus ne sont revenus qu’aux alentours de 6h du matin.
Pourquoi le couvre-feu de Munich piège les voyageurs
L’aéroport de Munich applique un couvre-feu parmi les plus stricts d’Allemagne. Entre minuit et 5h du matin, la « core night » interdit décollages et atterrissages, sauf urgences. Un maximum de 28 mouvements nocturnes est autorisé en dehors de cette tranche, avec un plafond de bruit de 75 dB(A).
Le problème est systémique. Quand les retards s’accumulent en soirée — neige, dégivrage, saturation —, les vols tardifs sont annulés au dernier moment. Les passagers sont parfois déjà embarqués, voire sur le tarmac, quand le couperet tombe. Et le personnel au sol, qui n’est pas dimensionné pour travailler au-delà de minuit, quitte les lieux.
À titre de comparaison, Francfort impose un couvre-feu entre 23h et 5h mais avec des exceptions plus souples. Berlin, de son côté, n’applique pas de couvre-feu strict. Le syndicat des pilotes de Lufthansa (Vereinigung Cockpit) a d’ailleurs critiqué la gestion de l’incident : « Les pilotes et le personnel de cabine ont été largement laissés seuls face à cette situation. »
Vos droits si vous restez bloqué dans un avion : le règlement EU261
Un vol annulé pour cause de météo est classé « circonstance extraordinaire » au sens du règlement EU261. Concrètement, cela signifie que l’indemnisation financière de 250 à 600 euros n’est probablement pas due dans ce cas précis.
En revanche, l’obligation d’assistance reste entière, quelle que soit la cause de l’annulation. La compagnie doit fournir repas, boissons, hébergement à l’hôtel et transferts. Or, selon les témoignages des passagers du LH2446, Lufthansa n’a fourni ni nourriture correcte, ni couvertures, ni hébergement cette nuit-là — une violation potentielle de ses obligations, comme nous l’expliquions récemment.
À retenir : même sans indemnisation forfaitaire, le remboursement de tous les frais engagés (hôtel, repas, transport) est dû par la compagnie. Pour faire valoir vos droits :
- Gardez toutes les preuves : photos, reçus, captures d’écran des notifications de la compagnie
- Déposez une réclamation directement auprès de Lufthansa dans les 3 mois
- Saisissez la LBA (Luftfahrt-Bundesamt, l’autorité allemande de l’aviation civile) ou un organisme spécialisé comme Flightright si la réponse est insuffisante
La réponse de Lufthansa et la colère des passagers
Lufthansa a d’abord qualifié l’incident de « désagrément » (Unannehmlichkeit), un terme qui n’a pas manqué d’irriter les passagers concernés. La compagnie a ensuite présenté ses « sincères excuses » pour une « situation inacceptable », tout en invoquant la météo et le « manque de bus sur l’aire de stationnement ». L’aéroport de Munich, de son côté, a indiqué ne pas pouvoir expliquer l’absence de bus, la responsabilité de l’organisation incombant selon lui à un prestataire tiers.
La compagnie a également indiqué proposer « proactivement une compensation » aux passagers bloqués, sans préciser les montants. Les passagers ont finalement été réacheminés le lendemain matin vers 6h40, avec encore une heure de retard supplémentaire.
Nouveau développement : selon LoyaltyLobby, des enquêtes publiques ont été ouvertes. Des responsables politiques allemands et le parquet se penchent désormais sur les circonstances de l’incident.
Cet épisode survient dans un contexte déjà tendu pour Lufthansa. Une semaine plus tôt, le 12 février, une grève de 24 heures des pilotes et du personnel de cabine avait paralysé Munich et Francfort, avec 9 vols sur 10 annulés. La compagnie traverse par ailleurs une période de turbulences opérationnelles, alors qu’elle tente de relancer son produit Allegris sur ses Boeing 787.
Comment éviter ce piège lors de vos prochains vols
L’incident de Munich illustre un risque méconnu des voyageurs hivernaux. Quelques précautions permettent de limiter les dégâts.
Privilégiez les vols du matin en hiver au départ de Munich. Les retards en cascade touchent surtout les créneaux du soir, quand le couvre-feu devient une épée de Damoclès. Avant de réserver, vérifiez le couvre-feu de l’aéroport de départ : Munich ferme à minuit, Francfort à 23h, Berlin n’a pas de couvre-feu strict.
En cabine, prévoyez le pire : une batterie externe, de la nourriture et une couverture de voyage dans le bagage à main. Téléchargez l’application de la compagnie pour recevoir les alertes en temps réel.
Connaissez vos droits EU261 avant de partir : l’assistance (repas, hébergement) est due même quand l’indemnisation financière ne l’est pas. Et si la compagnie ne respecte pas ses obligations, les frais engagés sont remboursables sur réclamation.
L’épisode munichois n’est pas isolé. Trois jours plus tard, c’est l’aéroport de Vienne qui était paralysé par 20 cm de neige, perturbant 230 vols. L’hiver 2026 rappelle que la météo reste le talon d’Achille du transport aérien européen.