En résumé
• Vol ANA a fait demi-tour après alerte moteur, retour à Tokyo pour des raisons logistiques.• Fermeture de l'espace aérien russe complique les itinéraires vers l'Europe, allongeant le vol.
• Passagers ont subi 36h de retard, ANA a assuré hébergement et vol de remplacement.
Le 17 février, 151 passagers d’All Nippon Airways ont passé plus de 14 heures dans un Boeing 787 pour atterrir exactement là où ils avaient décollé. Le vol NH223, reliant Tokyo Haneda à Francfort, a fait demi-tour au-dessus de l’océan Arctique après une alerte moteur. Un « vol ANA Tokyo demi-tour » de plus de 11 000 km qui soulève une question logistique fascinante.
Ce qui s’est passé à bord du vol NH223
Le vol NH223 a quitté Tokyo Haneda le 17 février 2026 à 10h55 locales, avec un retard de 15 minutes sur l’horaire prévu. À bord du Boeing 787-9 (immatriculation JA875A, 10 ans d’âge) : 151 passagers et 13 membres d’équipage, direction Francfort.
La route empruntée passe par le Pacifique Nord, longe l’Alaska puis survole l’océan Arctique et le Groenland avant d’atteindre l’Europe continentale. Un détour imposé depuis février 2022 : les compagnies non russes contournent l’espace aérien russe depuis le début de la guerre en Ukraine. Avant cette fermeture, le vol Tokyo-Francfort survolait la Sibérie en environ 11h30. Aujourd’hui, la route arctique ajoute 2 à 3 heures de vol.
Environ six heures après le décollage, au-dessus de la mer de Beaufort, les instruments de bord ont signalé une chute du niveau d’huile sur l’un des deux moteurs Rolls-Royce Trent 1000. L’équipage a pris la décision de rebrousser chemin. L’avion s’est posé à Tokyo Haneda à 00h59 le 18 février, après 14 heures et 4 minutes de vol, selon les données de suivi rapportées par One Mile at a Time. Un détail qui ne manque pas d’ironie : la durée normale du vol Tokyo-Francfort est d’environ 13h50.
Pourquoi retourner à Tokyo plutôt que se poser en Alaska ?
Anchorage se trouvait pourtant à environ deux heures de vol au moment de l’alerte. Alors pourquoi ANA a-t-elle choisi de parcourir le chemin inverse pendant huit heures supplémentaires ?
La réponse tient en un mot : logistique. À Haneda, son hub principal, ANA dispose de ses hangars, de ses ingénieurs spécialisés sur le 787 et d’un stock complet de pièces de rechange. Selon l’analyse de Simple Flying, ANA a privilégié « l’endroit le plus opérationnellement capable de réparer l’avion, trouver un 787 de remplacement, constituer un nouvel équipage et remettre les passagers en route avec un minimum de retard ».
Un déroutement à Anchorage aurait posé d’autres problèmes concrets :
- Hébergement : ANA n’a pas de partenaires hôteliers en Alaska
- Maintenance : acheminement de pièces et de techniciens depuis le Japon
- Équipage : les règles strictes de temps de service auraient contraint ANA à repositionner un équipage complet dans une zone isolée
- Immigration : formalités d’entrée aux États-Unis pour des passagers non équipés d’ESTA ou de visa
Concrètement, le retour à la base a permis de remettre un avion de remplacement en service environ six heures après l’atterrissage.
36 heures de retard pour les passagers
L’arrivée à Haneda vers 1h du matin n’a pas marqué la fin de l’épreuve. Les passagers ont été pris en charge par ANA, qui a organisé l’hébergement pour la nuit. Un vol de remplacement a décollé vers Francfort le matin du 18 février, aux alentours de 7h10.
Au total, le retard entre le décollage initial et l’arrivée effective à Francfort dépasse les 36 heures. ANA a officiellement présenté ses excuses, soulignant que « la sécurité des passagers et de l’équipage ne souffre aucun compromis ». La compagnie, notée 5 étoiles par Skytrax, est reconnue pour sa rigueur en matière de sécurité.
Quels droits pour les passagers dans cette situation ?
Le vol partant du Japon et étant opéré par une compagnie japonaise, le règlement européen EC 261/2004 ne s’applique pas directement. Ce texte protège les passagers au départ de l’UE ou sur un vol opéré par une compagnie européenne à destination de l’UE. Pour en savoir plus sur vos droits en cas de vol annulé ou retardé, consultez notre guide des indemnisations.
Pour le NH223, les passagers dépendent de la politique de compensation d’ANA et du droit japonais. La compagnie a pris en charge l’hébergement et le rebooking, une pratique standard pour une compagnie 5 étoiles. En revanche, aucune information n’a filtré sur une éventuelle compensation financière au-delà de ces prestations.
À retenir : pour les longs-courriers hors UE, vérifier sa couverture d’assurance voyage reste un réflexe essentiel. Les protections varient considérablement selon les compagnies et les juridictions.
L’espace aérien russe, un casse-tête pour les vols vers l’Asie
Ce demi-tour illustre une conséquence méconnue de la fermeture de l’espace aérien russe aux compagnies occidentales et asiatiques. Les itinéraires arctiques traversent des zones avec très peu d’aéroports de déroutement. Entre le nord de l’Alaska et le Groenland, les options sont extrêmement limitées.
Le cas du NH223 montre que cette contrainte géographique complique considérablement la gestion des incidents techniques en vol. Pour les compagnies asiatiques comme ANA, JAL ou Korean Air, chaque vol vers l’Europe est devenu un exercice logistique plus délicat qu’avant la guerre en Ukraine. Les récents déroutements des Boeing 787 d’Air Austral sur la ligne Paris-Mayotte montrent que ces situations ne sont pas limitées aux routes arctiques.
Un « vol vers nulle part » qui n’est pas un cas isolé
Les demi-tours en vol restent rares, mais plusieurs incidents récents rappellent qu’ils font partie de la réalité du transport aérien. En janvier 2026, un vol Transavia Paris-Alger a rebroussé chemin après 30 minutes pour un problème technique. En février, un A321neo de Wizz Air a fait demi-tour à Barcelone après de la fumée en cabine.
Le cas ANA se distingue par sa durée exceptionnelle (14h04) et par le fait que les passagers ont terminé exactement à leur point de départ. Ces incidents, aussi frustrants soient-ils pour les voyageurs, sont des mesures de précaution. Ils confirment que la sécurité prime systématiquement sur la ponctualité dans l’aviation commerciale.
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